On dit souvent que Saint-Étienne est une ville solidaire. Une ville où l’on se parle facilement, où les rencontres comptent, où l’on sait se serrer les coudes quand les choses deviennent difficiles. Aujourd’hui, on a envie que cette solidarité continue à se voir dans nos rues, dans nos quartiers et dans l’attention que l’on porte aux autres.
Depuis le samedi 17 octobre 2026, on pense aux commerçants touchés par les dégradations. À leurs équipes, à leurs proches, à ce qu’il faut maintenant nettoyer, réparer, organiser. À cette inquiétude supplémentaire, quand faire vivre son activité demandait parfois déjà beaucoup.
Mais ce qu’on souhaite vous dire dépasse les dégâts visibles. Cela parle aussi des habitants qui comptent leurs dépenses, des personnes qui travaillent sans parvenir à vivre sereinement, de celles qui descendent dans la rue pour demander à être entendues. Cela parle de notre centre-ville et de ce qu’on veut pouvoir continuer à y vivre.
On peut soutenir nos commerçants, entendre la colère sociale et tenir profondément à Saint-Étienne. Ces engagements vont ensemble.
Après le 17 octobre à Saint-Étienne, regarder les personnes derrière les images
Les images de commerces dégradés ont beaucoup circulé. Elles montrent une partie de ce qui s’est passé, avec des conséquences très concrètes pour les personnes concernées. Mais elles ne disent pas tout d’une journée de mobilisation, et encore moins de la vie de celles et ceux qui habitent ou travaillent ici.
Une photographie ne raconte pas les mois passés à préparer une ouverture. Elle ne montre pas les calculs pour payer un fournisseur, les heures supplémentaires, les inquiétudes qu’on garde pour soi. Elle ne raconte pas davantage ce qui pousse quelqu’un à manifester, parfois pour la première fois, parfois après des années à avoir le sentiment de parler dans le vide.
Prendre le temps de regarder ces réalités demande un peu plus d’attention que de partager une image accompagnée d’un commentaire définitif. Pourtant, c’est là que commence la compréhension.
Soutenir les commerces touchés, sans minimiser ce qu’ils traversent
Pour un commerçant, découvrir son lieu de travail endommagé peut bouleverser bien davantage que l’organisation d’une journée. Il faut constater les dégâts, contacter les bons interlocuteurs, protéger ce qui peut l’être, prévenir les clients et envisager la suite.
Selon les situations, cela peut aussi signifier une fermeture temporaire, de la marchandise perdue, une activité interrompue. Et du temps consacré aux démarches alors qu’il faudrait déjà pouvoir reprendre son travail.
On ne connaît pas le détail de chaque situation. On ne prétendra donc pas savoir exactement ce que chacun ressent. Mais on peut reconnaître la fatigue, l’inquiétude et le découragement que cette épreuve peut provoquer. Et dire aux personnes touchées qu’elles ont toute leur place dans notre attention collective.
Ne pas réduire les manifestants aux auteurs de dégradations
Reconnaître ces conséquences n’oblige pas à rendre tous les manifestants responsables des actes commis. Les responsabilités doivent être établies pour les faits concernés, sans transformer chaque personne présente dans la rue en coupable par association.
Les revendications exprimées autour du pouvoir d’achat, des inégalités ou des conditions d’éducation ne disparaissent pas parce que des violences ont eu lieu. Elles méritent d’être écoutées pour ce qu’elles disent du quotidien et des attentes des personnes mobilisées.
À celles et ceux qui, depuis des années, osent descendre dans la rue malgré la peur, pour faire entendre leurs difficultés et défendre une vie plus digne : merci.
Il faut parfois du courage pour prendre sa place dans un mouvement collectif. Pour dire que quelque chose ne va pas. Pour continuer à demander mieux lorsque la fatigue et le découragement pourraient pousser à se taire.
Habitants et commerçants de Saint-Étienne : des difficultés qui se rejoignent
Dans les discussions, on finit vite par parler de deux groupes séparés : les habitants d’un côté, les commerçants de l’autre. Pourtant, un commerçant est aussi un habitant, un parent, un voisin. Il fait ses courses, paie son logement, s’inquiète pour ses proches et essaie de se projeter dans l’avenir.
Les situations sont différentes, bien sûr. Tous les commerces ne rencontrent pas les mêmes difficultés, tous les ménages n’ont pas les mêmes ressources. Mais ces vies se croisent chaque jour. Elles dépendent aussi les unes des autres.
Le pouvoir d’achat fait partie de l’avenir du commerce local
Quand le budget se resserre, on commence souvent par reporter ce qui peut attendre. Un repas au restaurant, un vêtement, une sortie, un cadeau un peu plus cher que prévu. Parfois, même les dépenses nécessaires deviennent difficiles à assumer.
Pour les commerces concernés, ces renoncements peuvent se traduire par moins de passages, des achats plus espacés ou des paniers plus modestes. C’est une des raisons pour lesquelles défendre le commerce de proximité suppose aussi de s’intéresser aux conditions de vie des habitants.
On ne fera pas vivre notre centre-ville en opposant les habitants qui n’ont plus les moyens de consommer aux commerçants qui peinent à tenir.
Demander aux uns de dépenser davantage ne suffit pas quand leur compte bancaire ne le permet pas. Demander aux autres de tenir bon ne suffit pas davantage quand leur activité ne leur assure plus un revenu correct. Il faut entendre les deux.
Avoir une boutique ne signifie pas forcément bien gagner sa vie
Une devanture ouverte, une jolie décoration et des produits bien présentés ne disent pas ce qu’il reste à la fin du mois. Derrière le chiffre d’affaires, il y a notamment les achats, le local, les frais de fonctionnement et, selon les entreprises, les salaires.
Il y a aussi tout le travail que les clients ne voient pas : préparer, commander, réceptionner, gérer, nettoyer, communiquer. La journée commence parfois longtemps avant l’ouverture et se termine bien après la fermeture.
Certains indépendants vivent correctement de leur métier. D’autres travaillent beaucoup pour un revenu modeste. Cela mérite d’être rappelé, simplement, pour ne pas confondre le fait de posséder une activité avec celui d’être à l’abri des difficultés.
Derrière les commerces de Saint-Étienne, des histoires auxquelles on tient
Depuis la création de l’Agenda de Saint-Étienne, vous êtes nombreux à nous avoir ouvert vos portes. Vous nous avez parlé de vos débuts, de ce qui vous avait donné envie de vous lancer, des projets pour la suite. De vos doutes aussi.
Ces échanges changent le regard que l’on porte sur une enseigne. On ne passe plus seulement devant une boutique : on pense à la personne qui nous a raconté comment elle l’avait imaginée, à l’énergie qu’elle y consacre, à ce qu’elle espère en faire.
Un commerce peut être un changement de vie, une reprise familiale, une idée qui a mûri pendant des années. Parfois un pari dont l’entourage n’était pas très sûr, mais auquel on avait trop envie de croire pour ne pas essayer.
Alors forcément, on s’attache. Et on a envie que ces histoires puissent continuer.
Ce que les commerces de proximité apportent à nos quartiers
Il y a les achats, et puis il y a les habitudes qui se construisent autour. Le café où l’on retrouve quelqu’un. La librairie dans laquelle on demande un conseil. La boutique qu’on recommande parce qu’on y a été bien accueilli. Le commerçant qui finit par reconnaître un visage.
Ces relations ne se créent pas partout ni de la même façon. Mais lorsqu’elles existent, elles donnent une place particulière à un lieu dans notre quotidien.
On peut entrer pour une chose précise et rester discuter quelques minutes. Croiser un voisin. Apprendre qu’un événement se prépare à côté. C’est discret, presque banal, et pourtant cela participe à ce qu’on aime dans la vie de quartier.
« Il n’y a plus rien à Sainté » : une phrase qui oublie beaucoup de monde
Cette phrase, on l’entend souvent. Elle exprime parfois une déception réelle : une adresse a fermé, une rue a changé, un endroit aimé n’existe plus. Il faut pouvoir parler de ces pertes sans les balayer avec un discours enthousiaste à tout prix.
Mais dire qu’il n’y a plus rien, c’est aussi passer à côté des personnes qui sont là. De celles qui ouvrent leur boutique le matin, préparent un spectacle, accueillent du public, montent un projet associatif ou tentent une nouvelle aventure.
Avec l’Agenda, c’est précisément ce que l’on découvre au fil des publications et des rencontres. Des initiatives différentes, des lieux qui ont leur personnalité, des gens qui trouvent encore l’énergie de proposer quelque chose.
Tout ne fonctionne pas. Tout ne dure pas. Et aucune ouverture ne suffit à effacer les difficultés du centre-ville. Mais ces projets existent et méritent une place dans le récit que l’on fait de Saint-Étienne.
Aimer Sainté, c’est aussi continuer à la regarder avec curiosité. Prendre le temps de découvrir une rue que l’on fréquente peu, une adresse dont on a entendu parler, une programmation que l’on n’avait jamais consultée. Sans se forcer à tout aimer. En laissant au moins une chance à la rencontre.
Comment soutenir les commerces de Saint-Étienne selon ses moyens ?
La question revient naturellement : que peut-on faire ? Il n’existe pas un geste qui conviendrait à tout le monde. On n’a ni les mêmes budgets, ni le même temps, ni les mêmes possibilités de déplacement. Le soutien doit pouvoir tenir compte de cela.
Choisir une adresse locale quand c’est possible
Lorsqu’un achat est prévu, on peut regarder ce qui existe à proximité. Demander un prix, se renseigner sur un produit ou comparer une prestation. Parfois, une solution adaptée se trouve près de chez soi sans qu’on le sache.
Cela ne signifie pas qu’il faut acheter quelque chose dont on n’a pas besoin, ni dépasser son budget pour montrer son attachement au commerce local. Chacun garde ses contraintes et ses priorités.
Un achat possible et utile vaut mieux qu’une injonction qui met mal à l’aise. Personne ne devrait avoir à justifier ses difficultés financières pour expliquer ses choix de consommation.
Recommander une adresse et partager une découverte
On connaît tous quelqu’un qui cherche un restaurant, une idée de cadeau, un artisan ou un endroit où sortir. Lorsqu’une adresse nous a plu, en parler peut lui permettre d’être découverte par d’autres.
Un message envoyé à un proche, une publication partagée avec quelques mots personnels, une recommandation au cours d’une conversation : ces gestes font circuler les bonnes expériences.
Ils ne garantissent pas une vente. Mais ils peuvent donner envie de regarder, de se renseigner, puis de pousser une porte. Pour un indépendant, être connu au-delà de ses habitués compte aussi.
Laisser un avis sincère après une expérience
Quand un accueil, un conseil ou une prestation nous a plu, prendre quelques minutes pour le raconter peut aider les personnes qui hésitent encore. Un avis précis permet de comprendre ce qu’on a apprécié : la disponibilité, la qualité d’un produit, une attention particulière.
L’essentiel est de parler d’une expérience réellement vécue. La confiance se construit avec des retours honnêtes, pas avec des compliments inventés.
Continuer à s’intéresser à la vie du centre-ville
Faire vivre Saint-Étienne passe également par ses événements, ses associations, ses lieux culturels et les occasions de se retrouver. Une balade, une exposition ou une animation gratuite peuvent permettre de redécouvrir un quartier sans transformer chaque sortie en dépense.
Après des événements difficiles, les situations d’ouverture peuvent varier d’un lieu à l’autre. Consulter les informations publiées par les établissements permet aussi de savoir quand revenir, comment les contacter et ce dont ils ont réellement besoin.
L’avenir du centre-ville ne peut pas reposer uniquement sur les habitants
Ces gestes ont leur place. Mais ils ne répondent pas à toutes les difficultés du commerce de centre-ville. La fréquentation dépend aussi de l’habitat, de l’accès aux lieux, de l’environnement commercial et des conditions économiques du territoire.
À Saint-Étienne, les réponses doivent se construire avec les personnes concernées : commerçants, salariés, habitants, associations, propriétaires, collectivités et acteurs économiques. Leurs besoins peuvent se rejoindre, mais aussi différer. C’est une raison de plus pour les écouter concrètement.
Des conditions pour travailler, habiter et se retrouver sereinement
Un commerçant doit pouvoir exercer son activité dans de bonnes conditions. Un salarié doit pouvoir rejoindre son travail. Un habitant doit pouvoir se déplacer et profiter des lieux de vie de sa ville. Les personnes qui manifestent doivent également être considérées dans leur droit à exprimer leurs revendications.
Faire tenir ces besoins ensemble demande des réponses précises et du dialogue. Les slogans sur l’attractivité ou la solidarité ne suffisent pas à eux seuls.
Après les dégradations, les professionnels touchés ont besoin d’interlocuteurs accessibles et d’un accompagnement adapté à leur situation. Dans la durée, les enjeux vont encore au-delà : pouvoir se loger, travailler, accéder aux services, se déplacer et disposer d’un revenu qui permette de vivre.
On ne prétend pas résoudre ces questions dans un article. On souhaite simplement rappeler qu’elles font partie du sujet. Les laisser de côté reviendrait à demander aux habitants et aux indépendants de compenser, par leur seule bonne volonté, des difficultés beaucoup plus larges.
Ce que l’Agenda de Saint-Étienne veut continuer à faire
Au départ, l’idée était simple : partager les sorties, les événements et les bonnes adresses pour donner envie de découvrir Saint-Étienne. Au fil des rencontres, ce projet a pris une dimension plus humaine encore.
Parler d’une ouverture, c’est aussi rencontrer quelqu’un qui prend un risque. Présenter un événement, c’est découvrir les personnes qui l’organisent. Faire connaître une association, c’est comprendre le temps et l’énergie qu’elle consacre à son action.
Notre place est là : raconter, faire découvrir, transmettre des informations utiles, créer des occasions de rencontre entre les Stéphanois et ce qui se passe près de chez eux.
On continuera à choisir les initiatives que l’on souhaite partager, à découvrir des lieux et à faire entendre des histoires différentes. Avec notre sensibilité et nos moyens. En restant attentifs à ce que vous nous racontez.
Cette semaine, bien sûr. Et après, quand l’émotion sera retombée et que d’autres sujets occuperont les discussions.
Ne pas attendre qu’une boutique ferme pour dire qu’on l’aimait
Quand une adresse disparaît, on entend parfois : « C’est dommage, j’aimais bien cet endroit. » Et c’est sincère. On peut être attaché à un lieu que l’on fréquentait peu, parce qu’il faisait partie du quartier, de son paysage ou de ses souvenirs.
On aimerait que cet attachement puisse aussi se dire pendant que les portes sont ouvertes. Par une visite quand on le peut, une recommandation, un mot à la personne qui tient le lieu. Par de l’attention, tout simplement.
Cela ne suffira pas à maintenir toutes les activités. Une fermeture ne doit jamais devenir un prétexte pour accuser les habitants de ne pas avoir assez consommé. Mais on peut faire une place, dès maintenant, à ce que l’on souhaite voir continuer.
Soutenir les commerces de Saint-Étienne, c’est aussi reconnaître leur présence avant qu’elle nous manque.
À nos commerçants, à nos Stéphanois : faisons vivre Sainté, ensemble
À nos commerçants : merci de continuer à croire en cette ville. Merci pour les projets que vous y construisez, les lieux que vous faites exister et l’accueil que vous réservez aux personnes qui passent vos portes. À celles et ceux qui traversent aujourd’hui une épreuve supplémentaire, on pense sincèrement à vous.
À nos habitants : vos difficultés méritent d’être entendues. Vos inquiétudes pour la fin du mois, votre travail, vos études ou votre avenir ont leur place dans les discussions sur notre ville. Vous n’avez pas à faire semblant que tout va bien pour montrer que vous aimez Saint-Étienne.
À celles et ceux qui, depuis des années, osent descendre dans la rue malgré la peur, pour faire entendre leurs difficultés et défendre une vie plus digne.
À celles et ceux qui prennent la parole, qui manifestent, qui s’engagent dans une association ou qui aident discrètement autour d’eux : cette attention aux autres compte.
Et à ceux qui ont les moyens d’agir sur nos conditions de vie : prenez le temps d’écouter les personnes qui les vivent. Leurs expériences doivent pouvoir peser dans les décisions qui les concernent.
Sainté en a traversé, des épreuves. On croit à sa capacité à se relever. Cela demande de prendre soin des personnes qui vivent et travaillent ici, de les soutenir dans la durée et de leur permettre d’envisager la suite avec davantage de confiance.
On continuera, à notre échelle, à raconter vos histoires et à partager ce qui nous donne envie de croire en cette ville.
Prenons soin les uns des autres. Prenons soin de notre Sainté. 💚
Fantine
L’Agenda de Saint-Étienne




